Homélie du Père Loïc Le Bot pour la fête du 8 août 2020 à Monteils

Cher Monseigneur,

Chère   Sœur Joseph-Marie NGUYEN Thi Thanh Lan,

                              au jour de votre profession perpétuelle,

Chères   Sœurs    Marie Assunta VU Thi Ngoan,

                             Marie-Anastasie NGUYEN Thi Thuc,

                               Marie Michaël NGUYEN Thi Hong Tao,

                               Maria-Rosa DUONG Thi Tuyet,

                             au jour de votre première profession,

Chères Sœurs     Marie-Luc-Béatrix de Franssu,

                             au jour où nous fêtons votre jubilé d’or,

                             Marie-André-Dominique PRAT

                           au jour où nous fêtons votre jubilé d’albâtre,

Chères Sœurs dominicaines de Monteils,

Chers frères et sœurs,

Il est certain qu’au moment où saint Dominique achevait sa course à Bologne, le 6 août 1221, il ne pensait pas avoir fondé un Ordre qui se répandrait jusqu’aux confins de la Terre. Il ne pensait sans doute pas que la communauté des moniales et celle des frères prêcheurs auraient une telle fécondité qu’elle s’étendrait à des fraternités de laïcs, à des congrégations apostoliques. Sans doute, saint Dominique voulait fonder une communauté apostolique et évangélique. En voulant cela, il orientait la vie de ces communautés dans un dynamisme spirituel très riche. Ce riche dynamisme allait se développer au long des siècles dans le temps : une chaîne ininterrompue nous relie à lui aujourd’hui, dans l’espace de la France, de l’Espagne, de l’Italie. L’Ordre des Prêcheurs a grandi dans tous les continents. Aujourd’hui, nous en avons une belle illustration : nous sommes dans l’Aveyron, au diocèse de Rodez, et de jeunes Professes venues du Vietnam entourent des jubilaires « bien de chez nous ». Mais aussi, l’Ordre des Prêcheurs a approfondi l’héritage légué par Dominique et s’est enrichi de vocations nouvelles. Les Sœurs dominicaines apostoliques, en effet, se rattachent au charisme et à l’intuition de saint Dominique en mettant au centre de leur vie une mission de l’Eglise par une prédication du « service ». C’est aussi l’intuition de Mère Anastasie que de servir les petits, les malades, les personnes âgées en leur présentant un enseignement, un soulagement, un soutien au nom de l’Evangile et de Jésus-Christ. Ce service est vu non seulement comme un moyen de faire grandir l’Eglise et de se sanctifier pour les Sœurs, mais c’est bien vu comme une prédication. C’est bien cela ? C’est bien cela aussi que le Bienheureux Père Hyacinthe-Marie CORMIER, provincial de Toulouse puis Maître de l’Ordre avait bien compris en accueillant et en soutenant tant de nouvelles congrégations dominicaines nées dans le midi de la France, notamment celle du Très saint Rosaire de Monteils. Car nous y sommes ! Nous sommes au cœur de la vie chrétienne comme au cœur de la vie de saint Dominique : il y a l’évangile et l’impératif pour celui qui le connaît de le faire connaître à tous. Dominique prend pour lui et comme au pied de la lettre, l’invitation du Seigneur Jésus Ressuscité : « Allez, de toutes les nations, faites des disciples ! »

Le prédicateur est un homme de l’Evangile. (Ce peut être aussi une femme prêcheresse !) Comment pourrait-il en être autrement ? Mais comment faire ?

Voilà que l’exemple de Dominique vient nous éclairer dans notre démarche. On peut lire l’Evangile directement, et directement s’en inspirer. Mais nous avons la chance, que dis-je, la grâce d’avoir des hommes et des femmes qui nous ont précédés et qui ont comme ouvert des voies, des chemins et même découvert des manières de faire qui nous éclairent et nous permettent, si j’ose dire, d’aller plus vite ! Saint Dominique, la Mère Anastasie sont de ceux-là.

Saint Dominique était un homme de l’Evangile à plusieurs titres. C’est d’abord en lisant et en méditant l’Evangile que saint Dominique s’en imprègne. On lit qu’il portait sur lui l’Evangile de Matthieu et les lettres de saint Paul. Il faut s’attacher à la lettre et à l’Esprit de ce que les Evangiles nous ont donné de Jésus. Cet attachement conduit aussi simplement à connaître mais aussi à aimer Jésus, à ce qu’il vienne faire sa demeure dans notre cœur. Ainsi nous est aussi ouverte la voie de la prière, c’est-à-dire la relation intime et personnelle avec Jésus et son Père mue par l’Esprit-Saint. Je dirai que c’est un premier moment. Saint Dominique nous montre aussi que l’homme de l’Evangile doit alors prendre en compte ce que Jésus commande de faire ! Nous passons alors au plein de notre agir, la relation avec Jésus, nourrie par l’Evangile nous entraîne à mettre en œuvre ce qu’Il commande et avec sa grâce se mettre à sa suite. « Viens et suis-moi », nous dit Jésus, « voici mon commandement, aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Voici les principaux commandements que Jésus nous donne. Pour Dominique, cela va avoir une manifestation très claire que ses contemporains aiment souligner : « Comme il aimait tout le monde, tout le monde l’aimait ». Il manifesta cet amour avec une telle force qu’il fit naître autour de lui une communauté ! L’homme (ou femme) de l’Evangile est un être communautaire, non pour faire nombre, mais pour manifester la force d’amour et d’amitié que l’Evangile conduit comme une source. Si vous êtes attentifs à la vie de Jésus, on voit que le début de son ministère est marqué par des miracles, et des enseignements, mais presqu’aussitôt il appelle des disciples pour manifester que l’Evangile est source de communion fraternelle. Ainsi aussi de saint Dominique, sa prédication en Languedoc a fait naître comme premier fruit une communauté, celle des Moniales de Prouilhe, mais encore la communauté des frères prêcheurs. Cette communauté manifeste la force de l’évangile, mais aussi sert de lien premier de la mise en œuvre du commandement de l’amour fraternel.

Enfin, après avoir fait l’Evangile sien, l’avoir mis en œuvre en communauté, il reste à l’annoncer ! « Allez vers toutes les Nations ! ». Saint Dominique, castillan de naissance, va vers les hommes du Languedoc, de l’Italie du Nord etc. ayant toujours ce désir d’aller au loin vers les Cumans. Les cathares, les chrétiens peu fidèles ou ignorants sont d’abord des frères qu’il faut aimer et à qui, au nom de cet amour, il faut annoncer l’Evangile. La Congrégation de Monteils a su ainsi le porter au Brésil, en Corée, au Vietnam.

Saint Dominique est prédicateur puisqu’il prend l’Evangile comme règle de vie, puisqu’il cultive l’intimité avec le Seigneur Jésus…Et qu’il veut vivre avec ces frères autour de ce Seigneur pour mettre en œuvre le commandement de l’amour. Cet exemple de Dominique, c’est cela qui vous est proposé aujourd’hui, chères Sœurs qui allez faire profession. Vous vous mettez dans les pas de notre saint père Dominique pour être des femmes de l’Evangile, à l’école de Mère Anastasie. Vous savez la route que vous empruntez avec résolution et joie, sachant que vous êtes soutenues par les dons de l’Esprit.

Chères Sœurs jubilaires, vous avez choisi, il y a 50 ans, 75 ans, la joie de l’Evangile pour suivre le Seigneur. Vous témoignez pour nous de la fidélité…fidélité malgré les épreuves, fidélité dans la joie et dans la peine, fidélité à la joie de la vie commune, fidélité à l’Evangile. Nous rendons grâce avec vous surtout pour la fidélité du Seigneur auprès de vous.

Saint Dominique ne prévoyait sans doute pas que nous serions ici réunis pour le fêter, pour accueillir les vocations et célébrer des jubilés, mais soyons certains qu’il est aujourd’hui avec nous et qu’il intercède avec nous.

                                                                                         Père Loïc-Marie Le Bot op

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